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L’autre …

Elle était dans le wagon d’à côté…

Article mis en ligne le 6 mars 2018
dernière modification le 4 mars 2018

par Jean Claude CHIRON
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L’autre ...

 

Elle était dans le wagon d’à côté… Ce qui était mieux ainsi, non qu’il eut peur qu’elle le reconnaisse, puisque c’était la première fois qu’il la voyait et qu’elle ne lui avait même pas jeté un coup d’œil, mais il devait rester invisible, sinon l’aventure serait terminée dès le départ.

Ils étaient dans le train de 9h28…l’un des trains qui relient Orléans à la capitale et qui emportent chaque matin leur lot de voyageurs, de ceux qui ont choisi bon gré mal gré, ou à qui on a imposé, un lieu de travail à Paris.

Ce qui n’était pas son cas à lui, Guillaume, trentenaire épanoui, orléanais d’adoption, mais que sa profession amenait le plus souvent à prendre l’avion pour s’envoler vers des pays où sa « boite » était encore à rêver de retrouver l’or des mines du roi Salomon.

Alors en congé depuis quelques jours et n’ayant pas pour le moment de programme précis pour le meubler, il eut soudain l’idée, aussi folle qu’inattendue, de jouer le détective privé. Seule façon, se dit-il, de pimenter ce temps libre qui dès le départ n’avait rien laissé présager d’excitant…

Et la filature, bien sûr, n’est-elle pas le b.a.-ba ou mieux le premier pas du détective ? Pour Guillaume, ce serait le premier pas vers un nouvel inconnu, avec la possibilité, au bout du chemin, non pas d’une île, mais d’une découverte, d’une bonne surprise, espérait-il ! La découverte était déjà là, en la personne de cette jeune femme dans le wagon d’à côté …

Il avait ainsi décidé de suivre un des voyageurs se rendant à Paris. Il avait conscience que cela ne déboucherait probablement que sur un banal lieu de travail mais aussi pourquoi pas sur quelque chose d’inattendu… C’était improbable bien sûr mais pas impossible !

Il s’était donc présenté à la gare d’Orléans, en avance par rapport au départ du train, afin d’avoir le temps de choisir sa cible. Le 9.28 n’est pas le train le plus chargé de la matinée mais il y avait quand même un groupe déjà compact, au pied de l’escalator descendant du centre commercial, les têtes levées vers le panneau des départs, attendant que s’affiche le n° de la voie idoine.

Complètement investi par son rôle de détective, Guillaume rejoignit, par l’escalator, la plate-forme vitrée du centre commercial surplombant le hall de la gare, pouvant de là observer à l’abri des regards, le groupe des voyageurs en attente.

Il s’était persuadé qu’il aurait du mal à choisir sa victime mais il la repéra de suite avec sa silhouette gracile couronnée par une chevelure blonde, qui lui évoqua la jeune femme dont son ami parisien Daniel lui avait parlé récemment… Heureusement que ce n’était pas elle, car l’histoire de Daniel n’avait pas été au-delà du rêve de printemps avorté.

Le numéro de la voie s’afficha enfin et tout ce beau monde s’ébroua en direction de la voie 1, qui tirant sa valise à roulettes, qui s’accrochant à son sac à dos, qui avec son attaché case de jeune cadre, qui avec juste le minimum… comme elle avec son petit sac en croco. Il avait pu entrevoir son profil lorsqu’elle s’était tournée pour aller vers le train et il avait décidé sur le champ qu’elle ressemblait à Diane Kruger, ainsi serait-elle plus facile à suivre !

Ce qu’il s’empressa de faire en accélérant le pas dans la contre-allée qui longe sur sa droite le quai n°1 et d’où il pouvait observer l’ensemble des passagers s’étirant le long du train et s’éclaircissant peu à peu au gré des voitures choisies. Il repéra assez facilement le wagon de Diane et se dirigea vers celui qui le précédait. Il pourrait ainsi la voir passer lorsqu’elle quitterait sa voiture à l’arrivée à Paris.

Satisfait de la tournure que prenait son escapade, Guillaume fut néanmoins conscient que le plus dur restait à faire car réussirait-il à suivre la jeune femme sans se faire repérer ? Et puis il y avait cette petite voix intérieure qui lui reprochait son intrusion dans la vie d’autrui… Il réussit malgré tout à se détendre et même à somnoler durant tout le trajet, bercé par le rythme rassurant des roues sur les rails. C’est la voix du chef de cabine, annonçant la gare d’Austerlitz, qui lui fit reprendre conscience de l’importance de sa mission.

Il se leva d’un bond et n’eut pas à attendre longtemps pour voir Diane passer devant sa voiture en direction de la sortie. Ce qu’il fit lui aussi, porté par le flot des passagers, sans la perdre de vue. C’était la sortie qui menait au Jardin des Plantes, desservant au passage une entrée vers le métro. Il se voyait donc déjà forcé à une course poursuite dans le dédale de l’underground parisien, un peu inquiet mais satisfait d’avoir fait le plein de tickets à Orléans. Mais il n’en serait rien, la belle poursuivant tout droit vers le boulevard de l’Hôpital.

C’est presque sur ses talons qu’il atteignit ledit boulevard, aux feux
situés face à l’entrée du Jardin des Plantes. La chance était encore de son coté, car Diane ne se retourna pas une seule fois en attendant le passage du feu au vert. Passée de l’autre côté, elle tourna à gauche et s’engagea sur le boulevard, en direction de la Porte d’Italie.

Guillaume fut soulagé, car il avait un peu redouté qu’elle ne l’entraîne au Jardin, puis au Musée, des endroits qui lui étaient plus que familiers pour les avoir souvent fréquentés. Il traversa à son tour et se lança sur les pas de Diane, adoptant l’allure décontracté du touriste en vacances.

Il eut ainsi tout loisir de l’observer, toute de noir vêtue, son manteau assez court ne pouvant cacher des jambes interminables. Elle marchait d’un bon pas, donnant l’impression qu’elle savait où elle allait et ne semblait guère intéressée par ce qui l’entourait.

A la hauteur de l’hôpital de la Salpêtrière, elle s’engagea à droite sur le boulevard St Marcel. Guillaume qui connaissait bien le quartier pensa qu’elle allait à l’Université Paris III, encore qu’il aurait été mieux qu’elle prenne la rue Poliveau. Il la suivit, en maintenant une distance raisonnable.

Avançant le long du boulevard, il reconnut au passage l’imposante bâtisse, en briques jaunes, du début du XXème, de l’Institut de paléontologie humaine, passa devant l’immense façade grise de la clinique du sport, vérifia que la statue de Jeanne d’Arc, dressée comme un gendarme réglant la circulation, était fidèle au poste…et il oublia quelques instants ce pourquoi il était là, se laissant aller au plaisir de la déambulation simple et sans but…

Arrivé à la hauteur du collège Raymond Queneau, dont il admirait toujours autant le portail, il réalisa soudain que Diane avait disparu de son champ de vision et se précipita d’instinct vers la première rue qui se présentait sur la droite, la rue Scipion en l’occurrence. Il la vit qui s’éloignait le long de la rue, cette dernière descendant en pente douce vers la rue du Fer à Moulin qu’elle rejoint.

Il comprit alors où elle allait et sans doute pourquoi…En bas de la rue, en face de l’Hôtel Scipion, hôtel particulier de la Renaissance, se situe le square du même nom, rebaptisé aujourd’hui « Théodore Monod » et aménagé en aires de jeux. Il attendit qu’elle disparaisse pour descendre la rue à son tour. Il la retrouva en effet au-delà de la grille entourant le square, assise sur l’un des bancs les plus proches de
l’entée, face à un bac à sable.

Il se dit in petto qu’il allait arrêter là sa filature, car il était évident que Diane ne pouvait être là que pour rencontrer quelqu’un… Il s’imposa malgré tout d’attendre un peu et ne voyant personne, au bout d’un certain temps, arriver à ce rendez-vous présumé, il se décida finalement pour entrer dans le square. Il en fit le tour, prenant le soin d’être intéressé ostensiblement par les deux portiques de jeu occupant le centre de l’aire principale, puis gagna celle plus petite où se trouvait Diane. Il prit place sur l’un des trois bancs situés en face d’elle, de l’autre coté du bac à sable.

Il ne se sentait pas vraiment bien, ne sachant quelle contenance adopter et surtout n’osant pas regarder dans sa direction. Il sortit de sa poche le bloc d’écriture qui ne le quittait jamais et son stylo… Mais à peine avait-il baissé la tête qu’une ombre se projetait sur son papier et qu’une voix lui demandait :
« Guillaume… ? ».

Rêvait-il ou avait-il bien compris ? Etait-ce bien Diane qui s’adressait à lui ? Mais comment connaissait-elle son prénom ? Alors il la regarda et ce qu’il vit le chavira. Oubliée la situation bizarre où il se trouvait, elle était encore plus belle que ce qu’il avait pu imaginer de loin, avec des yeux verts, des pommettes saillantes, accentuant l’ovale de son visage. « Guillaume… » répéta-t-elle « c’est moi Elise, j’ai cru un instant que vous aviez oublié notre rendez-vous… »

Mais la réponse qu’il lui fit « comment me connaissez vous ? » n’arrangea pas les choses et jeta une onde de désarroi dans cette prise de contact pour le moins inattendue… « Mais Guillaume, cela fait 15 jours que nous nous parlons sur Meetic et c’est vous qui avez choisi ce lieu de rendez-vous ! ».

« Mille excuses Diane, enfin Elise, mais je ne suis pas celui que vous attendez, sauf qu’il semble avoir lui aussi le même prénom… Je n’ai jamais été sur Meetic et je crois qu’il vaut mieux que je m’en aille… ».

« Une seconde, c’est vraiment un Guillaume que j’ai rencontré et je constate qu’il n’est pas là…ou du moins très en retard.. Je crois au hasard et vous êtes le hasard et surtout trop mignon pour que je vous laisse repartir… ». Puis elle ajouta « cela étant, comment êtes-vous là si vous ne m’avez pas suivie et pourquoi ? ».

« Le hasard.. » répondit Guillaume, « rien d’autre que le hasard.. »….

Jean-Claude CHIRON

 



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