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Tel est pris qui croyait prendre...

Une anecdote de J.L. Marroncle au Portugal en janvier 1980.

Article mis en ligne le 30 mai 2013

par JL Marroncle


Tel est pris qui croyait prendre...


Une anecdote de J.L. Marroncle
Portugal, janvier 1980


 


En mission dans le Nord-Est du Portugal, je résidais cette année-là avec ma famille dans une petite localité répondant au nom de Vila Nova de Foz Côa, dans la région dite de Trás-os-Montes, ce qui signifie "derrière les montagnes". Cette ville connaît aujourd’hui une renommée mondiale du fait de la découverte en 1989 de remarquables gravures rupestres paléolithiques à l’air libre le long de la rivière du Côa[1], affluent du fleuve Douro, mais à l’époque ce n’était qu’une bourgade rurale d’un millier d’âmes environ. En qualité de Français pratiquant correctement la langue portugaise, mon épouse et moi-même étions parfaitement repérés, connus et intégrés dans la petite population locale.

 

En ce matin de janvier 1980, une mince couche de neige tombée la veille éclaire le paysage tandis que des températures légèrement négatives incitent à rester au chaud. Toutefois, vers 08 heures, je prends la route de la localité voisine de Torre de Moncorvo où se trouve la base de notre mission. Et voilà qu’à deux kilomètres de Vila Nova de Foz Côa, deux gardes civils (l’équivalent de nos gendarmes) m’arrêtent en rase campagne pour contrôle des papiers et du véhicule.

 

Je stoppe donc sur le bas-côté et, pendant que l’un des gardes examine mes documents (permis de conduire international, titre de propriété, assurance et vignette du véhicule), son compère inspecte attentivement ma 4L Renault de service. Il constate alors l’absence de rétroviseur extérieur côté passager, obligation légale qui n’avait cours que depuis deux ou trois mois. En réalité, ma 4L avait bien été mise aux normes mais, quelques jours auparavant, en passant dans un mauvais chemin (quel géologue ne l’a pas fait ?) ce rétroviseur droit avait été arraché au rude contact d’un arbre... et son remplacement n’avait pu être effectué, dans l’attente de la pièce devant venir de Lisbonne.

 

Ces circonstances n’excusant rien à leurs yeux, ces messieurs m’informent fort aimablement que je suis en infraction et qu’ils doivent me dresser un procès-verbal accompagné de son amende. Résigné, je regarde le chef de patrouille sortir son carnet à souche et un stylo puis commencer à écrire... C’est alors, qu’en cette matinée glaciale, il m’explique qu’avec ses mains dépourvues de gants, il a trop froid aux doigts et ne parvient pas à écrire normalement. Et de me proposer d’écrire le PV à sa place !

 

Je pense aussitôt qu’étant le seul étranger résidant et travaillant ici, si j’accepte sa proposition il ne me verbalisera pas, annulera le PV et que je pourrai m’en tirer avec un simple avertissement sans frais. Assuré de la justesse de ce raisonnement, j’obtempère en écrivant, sous sa dictée et en portugais, le texte motivant le procès-verbal. Naturellement, il n’en fut rien : c’est ainsi que j’ai rédigé, signé et payé mon unique PV portugais !

 

J.L. Marroncle
 



[1] Mes travaux de cartographie géologique détaillée et de prospection de skarns à scheelite m’avaient conduit à quelques centaines de mètres de l’un des trois sites paléolithiques principaux ; avec un peu de chance j’aurais peut-être pu découvrir moi-même ces gravures sur roches ; encore aurait-il fallu avoir un œil suffisamment exercé pour les identifier...